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JULIA ROBERTS

Une pretty woman autour du monde…

par Jean-Pascal Grosso

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« Je ne suis qu'une petite fille de Géorgie qui vit un rêve immense et absurde. » Voilà comment Julia Roberts résume un destin que même les plus sirupeux des scénaristes de Hollywood n'auraient pu imaginer. Comment la petite-fille d'un VRP féru de théâtre, mort d'un cancer alors qu'elle n'a que dix ans, est partie sur un coup de tête, suivant les traces de son talentueux frère Eric, à la conquête des studios américains.

20 ans de carrière en dents de scie

Après plus de vingt ans de carrière (sa première apparition dans Firehouse, une comédie sexy, date de 1987), ses films réunis auront rapporté près de 2 milliards de dollars au box office ! Un record historique. Entre temps, la comédienne sera passée de la love story bitumée et improbable de Pretty Woman au flirt bobo et british de Coup de foudre à Notting Hill pour retrouver finalement Richard Gere dans l'opportuniste et mollasson Just Married (ou presque). « Oui, j'aime les comédies romantiques », se défendrait-elle presque. « J'aime en regarder, j'aime en tourner, et c'est un exercice extrêmement difficile : à chaque fois, il faut trouver une pointe d'originalité pour se démarquer de ce qui s’est fait jusque là. » Etonnante carrière, il est vrai, que celle de Julia Roberts. Oscarisée en 2000 pour son rôle d'enquêtrice déterminée dans Erin Brokovich de Steven Soderbergh, elle est capable ensuite de se perdre dans Le Mexicain ou Le Sourire de Mona Lisa, paradigmes de cinéma hollywoodien carabiné, somptueusement formaté, du même genre dont elle se moquait, aux côtés de Bruce Willis, dans le désopilant final du The Player de Robert Altman. Si on s'étonne de ses choix ouvertement en dents de scie, la comédienne assume et prend sur elle : « Je suis très proche de mon agent. Lorsque je lis un scénario, elle l'a lu avant moi, mais c'est toujours moi qui ai le dernier mot. J'ai tourné dans des films qu'elle jugeait inintéressants et laissé passer des rôles dont elle pensait le plus grand bien. » Aujourd'hui mariée, mère de trois enfants, comédienne accomplie et engagée, elle entretient avec le cinéma un rapport aussi posé que réfléchi. Dernier exploit en date : un rôle d'espionne américaine face au ténébreux britannique Clive Owen dans Duplicity de Tony Gilroy.

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« Tourner une comédie romantique est un exercice très difficile… »

La femme « la plus influente d’Hollywood » garde la tête sur les épaules

« Je trouve qu'il est toujours dangereux de sortir des généralités sur le sexisme dans notre métier. Est-ce que les hommes sont mieux payés ? Oui. Mais est-ce que nous sommes tous bien payés ? Encore oui. Et là, j'ai du mal à trouver une raison de me plaindre... » Lorsque Julia Roberts obtient son premier rôle significatif au cinéma, en 1988, dans Mystic Pizza (« C'est grâce à ce film que j'ai compris que je devenais célèbre : lorsqu'une dame pipi, dans un cinéma, est venue me demander, alors que j'étais aux cabinets : « Hé, ce ne serait pas vous la fille de Mystic Pizza? »), elle touche un cachet de 50.000 dollars. Douze ans plus tard, c'est 400 fois plus pour Erin Brokovich. La même année, le magazine Forbes couronne la star « Femme la plus influente d’Hollywood ». Lorsqu'en 2001, l'annonce est faite qu'elle rejoint le casting en platine d'Ocean's Eleven, George Clooney et Brad Pitt, potaches en diable, lui font parvenir une enveloppe contenant un billet de vingt dollars et une note : « On nous a dit que tu en touchais vingt par film. » Ne restait plus donc qu'à aligner six zéros derrière... De refuser le rôle principal de Basic Instinct, de Nuit blanche à Seattle ou encore de Shakespeare in Love n'empêche pas Julia Roberts de décrocher à plusieurs reprises la timbale au box-office. Icône cinématographique, elle devient même égérie de mode pour Gianfanco Ferre qui, en 2006, profite de son image de presque « quadra » triomphante pour une campagne publicitaire. La rumeur circule qu'elle a touché alors 5 millions de dollars... pour une journée de travail ! « Je suis habillée pour l'hiver » conclut-elle lorsque les journalistes en viennent à lui parler des immenses gains à chaque fois engrangés. Mais Julia Roberts insiste pour rappeler que malgré sa richesse et son indéniable pouvoir sur l'industrie du cinéma américain, elle reste, par-dessus tout, une femme « comme les autres » : « Vous pourrez incarner tous les personnages que vous voudrez, c'est vous seule qui rentrez le soir à la maison. » De là à relativiser l'importance de son métier, de son statut de star, il n'y a qu'un pas qu'elle franchit aisément, un tantinet cynique : « On m'habille comme une poupée, des hommes charmants me maquillent et je prononce des répliques à longueur de journée. C'est un réel accomplissement... » Il fallait donc pour Julia Roberts quelque chose de plus « nourrissant ». Elle le trouvera dans l'humanitaire...

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« Vous pourrez incarner tous les personnages que vous voudrez, c'est vous seule qui rentrez le soir à la maison… »

Une star engagée sur tous les fronts

Riche à millions donc mais pas avare en dons ni en engagements (démocrate forcenée, ne s'exclamait-elle pas l'encontre du honni George W. Bush : « Il me fait honte, ce n'est pas mon président et ce ne sera jamais mon président ! »), Julia Roberts marche très rapidement sur les pas de ses complices Clooney ou Pitt, se transformant à son tour en ubiquiste de l'humanitaire. Alors que l'actrice tourne sporadiquement à l'étranger (L'Irlande pour Michael Collins, L'Italie pour Ocean's Twelve ou encore deux petites semaines au Maroc pour La Guerre selon Charlie Wilson...), elle n'hésite pas à partir aux quatre coins du monde pour jouer les bienfaitrices. Très proche de l'Unicef et de la Croix Rouge Américaine, Julia est sur tous les fronts et mène différents combats. « La pauvreté me fait éclater le coeur » dit-elle, lorsqu'elle débarque, dès mai 1995, à Port au Prince, chargée par l'Unicef de lever des fonds pour venir en aide aux enfants d'Haïti. Le très controversé président Jean-Bertrand Aristide, aujourd'hui destitué, la baptise alors « l'Haïtienne d'Hollywood ». Avec une ardeur jamais démentie, on retrouve Julia Roberts aussi bien en Indonésie sur les traces d'orangs-outangs en voie de disparition, dans les steppes de Mongolie au contact de chevaux sauvages, qu'en Inde pour appeler à la lutte contre la pauvreté... Le continent américain non plus n'est pas en reste. Lorsqu'elle ne s'exprime pas devant le Congrès pour encourager la recherche contre le syndrome de Rett (une maladie neurologique génétique atteignant les petites filles), elle distribue des millions de dollars pour les familles de victimes du 11 septembre, des écoliers du Nouveau Mexique ou la sauvegarde de sequoais millénaires en Californie!  « Je suis ne suis qu'une fille ordinaire avec un job extraordinaire » répète-t-elle souvent. Sans angélisme ni complaisance, il serait aisé d'ajouter : avec une générosité hors du commun !

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« Je suis ne suis qu'une fille ordinaire avec un job extraordinaire »

Une comédienne plus sélective

Femme de tête, femme de coeur, elle aura séduit nombre de comédiens (Liam Neeson, Dylan McDermott, Daniel Day-Lewis ou Benjamin Bratt sont à mettre à son « tableau de chasse ») et fait chavirer tout un public « accro » aux bleuettes made in Hollywood. Mais derrière le lumineux sourire de la pin-up arrachée du trottoir de Pretty Woman se cache aussi une mère de famille responsable et posée, qui ne veut plus sacrifier un équilibre durement acquis aux sirènes toujours vibrantes de Hollywood. « L’une des choses les plus intelligentes de ma carrière », se souvient-elle, « c'est d'avoir arrêté de tourner quelques années au début des années 90. Je recevais de nombreuses propositions de rôles mais aucun n'avait d'intérêt à mes yeux. Les gens me demandaient : Comment as-tu pu laisser passer tout ça ? et je leur répondais : Citez-moi un film tourné ces dernières années et que je devrais regretter de ne pas avoir accepté ? ». Désormais moins présente sur les écrans parce que plus sélective, Julia Roberts peut savourer, à 42 ans, une réussite hors du commun doublée d’une popularité intacte, qui en font plus que jamais l’une des « chouchous » du public du monde entier.

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